Le projet

Un projet de coopérative territoriale pour démultiplier les circuits courts sur Saint-étienne



« On ne réglera pas les problèmes d'aujourd'hui avec les systèmes de pensée qui les ont crées »

Albert Einstein


Lors de l'AG du mois de novembre 2017 et après de multiples réunions de réflexions du CA et une table ronde en présence de Laurent Pinatel, le porte-parole de la Confédération paysanne, sur le thème "Comment démultiplier les circuits courts sur Saint-étienne pour y développer l'agriculture paysanne ?", les adhérent.e.s de la ferme au quartier ont décidé de lancer un vaste plan de développement de l'association pour passer un nouveau cap et devenir une véritable courroie de distribution de l'agriculture paysanne sur le bassin stéphanois. En voici les principaux postulats et ambitions :

Les objectifs :

  • Développer la consommation de produits locaux à grande échelle en faisant l'interface entre les fermes ligériennes et les circuits de distribution de Saint-étienne
  • Relocaliser l'agriculture et l'alimentation et surtout les emplois qui vont avec. Nous voulons redynamiser les campagnes !
  • Arrêter de proposer des produits qui ont fait 3 fois le tour de la planète avant d'arriver dans les étals des magasins et ainsi réduire le bilan carbone de la chaine alimentaire.
  • Promouvoir les savoir-faires des fermes du territoires qui produisent une alimentation d'excellente qualité. Mettre en avant les hommes et les femmes qui produisent l'alimentation des stéphanois et la passion qui les anime


Les grandes lignes du projet :

  • Prolonger la révolution agro-écologique en cours dans les fermes à un niveau territorial par l'intermédiaire d'une coopérative qui face l'interface entre les producteurs, transformateurs et les circuits de distribution du bassin stéphanois.
  • Le tout en structurant des filières territoriales équitables avec tous les acteurs de la chaine, en activant collectivement toute une série de synergies écosystémiques (logistique, transformation, etc.) qui permettent une meilleure efficience économique de la chaine de valeur.
  • L'ensemble permettant de catalyser les circuits courts sur un territoire ouvrant la voie à un changement d'échelle de la transition agricole, alimentaire, biomatérielle voire énergétique ainsi qu'une relocalisation durable des emplois dans les territoires et une rémunération plus juste des paysans.

=> En bref : une coopérative territoriale pour initier un nouveau paradigme agro-alimentaire permettant de répondre au défi du changement climatique tout en revitalisant les campagnes.

 

Pour aller plus loin :

Le défi du déréglement climatique

Le réchauffement climatique menace aujourd'hui la survie même de l'humanité, créant des troubles géopolitiques (guerres, migrations, etc.) de plus en plus importants et des conditions de production de l'alimentation de plus en plus difficiles. Le système agricole et alimentaire mondial est responsable de 50% des émissions de gaz à effet de serre (engrais, pesticides, machinisme agricole, logistique alimentaire planétaire, chaine du froid, etc.). En cause l'industrialisation de l'agriculture depuis 50 ans, favorisée par la captation de la valeur par des opérateurs de plus en plus grand (agro-alimentaire, grande distribution, agro-industrie, crédit et assurances agricoles, fonds d'investissements, etc.) qui ont privé les paysans de vivre dignement de leur métier et de faire les choix techniques leur permettant de préserver l'emploi et l'environnement dans les territoires. Ceux-ci ont été obligé d'agrandir leurs exploitations ou d'intensifier leurs méthodes de production pour pouvoir rester dans cette course sans fin, sous tendue par une libéralisation toujours plus importante des échanges mondiaux.

A l'inverse les promesses de l'agro-écologie (arrêt des pesticides et des engrais de synthèse, produits dérivés du pétrole) couplées à une relocalisation massive de la production et de la consommation de l'alimentation dans les territoires, permettrait de réduire drastiquement les émissions de GES du secteur. Par ailleurs l'agriculture est appelée à devenir une des premières sources de bio matériaux pour remplacer les produits dérivés du pétrole (plastiques, fibres synthétiques) et une source importante d'énergies renouvelables (biogaz, huiles végétales pures (HVP), bois déchiqueté, photovoltaïque sur les bâtiments d'élevage) permettant de contribuer au remplacement des énergies fossiles. Enfin c'est un des secteurs qui pourrait devenir le premier vecteur de capation du CO2 présent dans l'atmosphère (4 pour 1000 et agroforesterie). Pour sortir de la boucle infernale du réchauffement climatique, l'agriculture est donc la spirale vertueuse de base dans laquelle investir ou s'impliquer, que ce soit ici en France comme dans les pays les plus touchés par le déréglement climatique. Il est temps de passer d'une agriculture industrielle et d'un système alimentaire mondialisé extrêmement destructeur pour l'humanité à une agriculture regénératrice de l'environnement, des territoires et des hommes et femmes qui y habitent.


De nouvelles structures nécessaires pour accompagner la révolution agricole en cours

De même que la grande distribution et l'agro-alimentaire ont été les catalyseurs de l'industrialisation de l'agriculture et de l'alimentation, il faut de nouvelles structures qui soient les catalyseurs de cette révolution agro-écologique qui n'en est qu'à ses débuts. Il faut pour cela des structures capables de transformer et commercialiser les multiples productions végétales, animales, biomatérielles et énergétiques issues des systèmes de polyculture élevage des fermes agro-écologiques. En effet, un des principes de base de l'agro-écologie est de mettre en synergie de multiples productions pour générer des effets écosystémiques ou le cycle de production d'un produit génère des effets collatéraux qui vont bénéficier au cycle d'une autre production, l'ensemble permettant le plus souvent la génération d'externalité positives très bénéfiques pour l'environnement.

En effet, les systèmes herbagers permettent à la fois de nettoyer les champs des adventices qui envahissent les cultures en cas de monoculture, mais aussi de stocker de l'azote grâce aux légumineuses fourragères (luzerne, trefle, etc.) présentes dans les prairies multi-espèces. Ces dernières permettent une alimentation plus protéinés pour les animaux et diminuent les besoins en céréales ou en oléo-protéagineux. Seuls les ruminants (lait / viande) ou les équidés (traction animale) peuvent valoriser les fourrages nécessaire pour des systèmes de cultures végétales sans produits phytosanitaires. Leurs déjections sont d'excellents amendements organiques pour les cultures, qui renforcent la vitalité des sols et augmentent ainsi les rendements. L'association cultures / arbres (agroforesterie) génère de réelles synergies agronomiques permettant jusqu'à 40% de production supplémentaire sur un même ha (permettant au passage d'augmenter la biomasse captatrice de CO2). Les productions sont par contre beaucoup plus diversifiées : fourrages, légumineuses, céréales, oléo-protéagineux (permettant de produire de l'HVP et d'être plus autonome en carburant sur les fermes), bois d'oeuvre, bois déchiqueté, viande, produits laitiers, laine, etc. nécessitant des opérateurs aval permettant de valoriser ces multiples productions.

De même, à l'inverse des volumes industriels que traitent les industries agro-alimentaire pour obtenir un prix de revient bas et qui ont besoin de débouchés de fait très important, aujourd'hui assurés uniquement par la grande distribution à l'échelle nationale voire internationale, il va falloir des structures qui parviennent à organiser des filières à l'échelle des territoires qui traiteront des volumes certes moins conséquents, mais adaptés de fait aux besoins alimentaires du territoire, et dont l'organisation « inter-filière » permettra d'activer des synergies écosystèmiques (sur la même logique que l'agro-écologie mais à l'échelle d'un territoire, cf ci dessous) auxquelles les industries agro-alimentaire et la grande distribution n'ont pas accès. Ces structures seront par la même de véritable vecteurs de relocalisation de l'agriculture et l'alimentation et de revitalisation des territoires par la relocalisation des emplois générés par ces activités.


Un certain nombre de freins dans l'organisation des circuits courts actuels :

Pour y parvenir, il faut éviter l'autre extrême dans lequel sont engoncés aujourd'hui les circuits courts ou « l'intermédiaire » est diabolisé en raison des excès actuels de l'agro-alimentaire et la grande distribution. Seul le lien direct entre producteur et consommateur est « éthiquement » accepté. Aujourd'hui les fermes pratiquant des méthodes agro-écologiques, vivent aujourd'hui en marge du monde agricole conventionnel car trop déconnectées d'une dynamique similaire dans les circuits aval (transformation et distribution). Certaines réussissent toutefois à mener leur innovation technique et systémique grâce à une vente de leur produits sans intermédiaire permettant une captation maximale de la valeur ajoutée et grâce à des consommateurs engagés, qui souhaitent contribuer au mouvement malgré des circuits d'achats compliqués (accessibilité, diversité restreinte des produits, prix relativement élevés). De plus, ces fermes ont souvent une multitude de métiers complexes à gérer (production, transformation, commercialisation) ce qui a pour conséquence la non-activation d'économies d'échelles minimales pour un système de production viable. Cet état de faits bride le développement a grande échelle de l'agro-écologie. Pour palier à ces obstacles, il faut un échelon supplémentaire à considérer plus comme un chainon manquant permettant de catalyser les circuits courts plutôt qu'un intermédiaire de trop qui priverait les paysans d'une partie de leur revenu. Cet échelon supplémentaire trouverait sa pertinence économique par les économies d'échelles minimum réalisées sur l'ensemble de la chaine, et en activant des synergies écosystémiques que seule une dynamique collective peut générer à l'échelle d'un territoire.



Des synergies territoriales à activer :

Un des plus grand gain que peut générer cette structure est la réduction importante du gaspillage alimentaire. Aujourd'hui la chaine alimentaire gaspille 30% de ce qui est produit. Par ailleurs, même dans les circuits courts, il existe encore des légumes produits peu ou pas valorisés, soit parce qu'ils sont mal calibrés en sortie de champ (les fameux légumes « moches »), soit parce que des conditions climatiques exceptionnelles ont génèré des excédents trop importants pour être correctement valorisés, soit parce que la gestion de stocks d'un intermédiaire ou d'une boutique génère des pertes. La valorisation de ces déchets potentiels dans un atelier de transformation (légumerie, conserverie, labo traiteur) permettrait un gain sur la chaine de valeur qui pourrait profiter à tous les acteurs de la filière. Par ailleurs, si une partie de ces légumes étaient transformés avec des bas morceaux de viande, cela permettrait de décoliser les colis de viande vendus en direct - qui découragent de nombreux consommateurs par leur volume trop important - et de vendre plus facilement la viande en direct, tout en produisant des plats cuisinés de très bonne qualité nutritive et gustative et relativement bon marché, parfaitement adaptés à une clientèle urbaine. Enfin, une collecte des déchets résiduels de toute la chaine pourrait être organisée par cette coopérative territoriale (car en contact « logistique » avec tous les acteurs) et valorisé au sein d'une unité de méthanisation collective.

Une autre synergie à l'échelle d'un territoire serait l'optimisation de la logistique du dernier km : plutôt que tous les paysans livrent tous les canaux de distribution d'un territoire, ne faudrait-il pas mieux qu'ils livrent une plateforme en périphérie du bassin de consommation, facilement accessible car située en bordure des axes autoroutiers, et que cette plateforme s'occupe de la livraison des produits de tous les producteurs à tous les canaux en une seule livraison ? Outre les économies de carburant, une émission de GES bien moindre, il y aurait aussi un gain de temps potentiel important pour les paysans.

Enfin il existe des synergies opérationnelles, commerciales, comptables et administratives à ce qu'une structure fasse l'interface entre une multitude de fermes aux contraintes multiples et une multitude de canaux de distribution qui s'ils souhaitent acheter/commercialiser des produits locaux doivent prospecter, référencer, commander, recevoir, payer et comptabiliser des dizaines de produits et producteurs différents. L'objectif est bien de construire un outil de commercialisation collective pour les producteurs et les transformateurs et un outil d'approvisionnement collectif pour les distributeurs qui permette à tous de sortir de la marginalité en structurant des filières à l'échelle d'un territoire.


Un nouveau paradigme à l'oeuvre :

Mais la synergie la plus importante réside dans la jonction de ces 2 écosystèmes, l'un à l'échelle des fermes avec la révolution agro-écologique en cours, l'autre à l'échelle d'un territoire via une coopérative territoriale. Le second permettant de transformer et distribuer efficacement les productions diversifiées des fermes et d'activer des synergies territoriales permettant une meilleure efficience des filières et le premier permettant dans son déploiement complet (production de biomatériaux et d'énergies renouvelables entre autres) de générer des revenus supplémentaires et une meilleure autonomie / sobriété des exploitations (énergie, semences, produits phyto, etc.) permettant une meilleure efficience des structures et donc une meilleure performance économique des filières. Leur combinaison démultiplierait la transition agricole et alimentaire sur un territoire et permettrait de reprendre collectivement la main vis à vis de la grande distribution et l'agro-alimentaire. De plus cette logique n'est pas assimilable par la grande distribution dont le modèle économique repose sur la concentration maximale des centrales d'achat. Le rédéploiement de la grande distribution sur des dynamiques territoriales, même partiel, lui serait préjudiciable voire fatal car elle perdrait une partie des économies d'échelles générées par ses centrales d'achat. Elle a certes réussi à adapter le cahier des charges AB au niveau européen pour industrialiser les méthodes de production biologiques et les rendre compatibles avec son modèle économique, mais ce ne sera pas possible au niveau des approvisionnements locaux.


Commerce équitable territorial et transparence :

Tout cela n'est atteignable qu'avec un certain niveau de confiance entre tous les acteurs généré par un commerce équitable territorial et transparent : l'objectif est bien de rémunérer équitablement les paysans, les salariés aux compétences multiples (commerciale, informatique, communication, financière, agronomique, etc.) nécessaires pour développer ces filières territoriales et offrir des prix accessibles au plus grand nombre. Cela n'est possible que par la transparence à tous les niveaux qui ne permet à aucun échelon de s'enrichir au détriment des autres. Cette transparence n'est possible qu'au sein d'une structure coopérative ou sont représentés les paysans, les salariés, les canaux de distribution et les consommateurs : une coopérative territoriale.


Des politiques publiques nécessaires pour le déploiement de ce nouveau paradigme :

Cette dynamique ne pourrait être qu'encore plus rapide et d'ampleur si elle était accompagnée de politiques territoriales, départementales, régionales, nationales, européennes voire mondiales (traités internationaux) adaptées. Ce projet ne prétend pas se substituer à ces politiques. Notre vocation est de mener l'innovation nécessaire à un niveau territorial pour faciliter la révolution agro-écologique des fermes et relocaliser les filières dans les territoires. Et si l'expérimentation s'avère concluante, d'inspirer des politiques publiques qui pourraient démultiplier toutes ces transitions, seules capables de répondre au changement climatique, défi majeur du 21ème siècle.